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Le
blé noir, plante voyageuse
Providence de l’Armorique au XVIème siècle selon Noël
du Fail, nourriture des pauvres pour Alexandre Dumas,
le blé noir, qui n’est pas une céréale, appartient
à la famille des polygonacées comme la rhubarbe ou
l’oseille. Ce fagopyrum, nom scientifique en latin,
qui est ni blé ni noir, emblème d’une Bretagne indémodable
où il est arrivé d’Asie continentale à la fin du
XVe siècle, se serait adapté aux terres intérieures
de l’Argoat parce qu’il se plaisait dans les sols
pauvres et peu fertiles. Cette réputation de plante
misérable est un cliché, car le sarrasin rend en
3 mois ce qu’on lui a donné. Si cette « plante
de cent jours » s’est imposée ici, c’est plus
prosaïquement parce que, non panifiable, elle n’était
pas soumise à l’impôt, se plaisait parfaitement sur
les landes défrichées et que les crêpes, galettes, farzs,
bouillies et leurs dérivés, poulouds et groux,
dont elle formait la base, nourrissaient à bon compte
et généreusement. Après trois siècles d’expansion,
l’apogée au XIXe, un déclin au XXe, une mort annoncée
dans les années 50, le sarrasin renaît aujourd’hui
en Bretagne grâce à l’économie crêpière qui en consomme
plus de 12 000 tonnes qu’il faut importer pour plus
des trois-quarts. Voilà pourquoi de nombreux agriculteurs
s’y sont mis depuis une vingtaine d’années et que
désormais il n’y a aucune peine à trouver, aujourd’hui
sur les rayons alimentaires, cette farine de blé
noir de tradition bretonne, étiquetée complète, bio
ou écrasée à la meule, avec parfois le nom du moulin.
Et c’est tant mieux car le sarrasin qui est sans
gluten, riche en acides aminés, vitamines, oligo-éléments
et sels minéraux, est excellent pour la santé.
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