L’art actuel se découvre d’ordinaire
dans des salles spécialisées, ici galeries ou centres
d’art comme Le Quartier à Quimper ou Le Dourven,
à Trédrez-Locquémeau près de Lannion,
ailleurs musées ou espaces polyvalents.
Toute différente
apparaît l’opération conduite en Morbihan et
amplifiée depuis 1991 en pays de Pontivy. Sous le titre
clair L’art dans les chapelles, il ne s’agit rien
moins que de faire revivre un maillage particulièrement
dense d’édifices religieux - près de vingt
sont retenus, la plupart riches en mobilier - en sollicitant d’artistes
la mise en place de travaux actuels qui s’accordent à chaque
espace.
En l’affaire, nulle volonté de voir
s’affronter l’ancien et le moderne; pas davantage
de désacralisation des lieux, tout au contraire l’évidente
preuve que l’œuvre d’art est la manifestation
d’une transcendance. Ouvertes chaque après-midi durant
tout l’été, gardiennées et animées,
réparties en quatre circuits pour éviter toute lassitude,
ces chapelles rurales sont une occasion sans égale de découvrir
d’un seul mouvement des pièces contemporaines, variées,
bien présentées, et un patrimoine bâti, des
paysages souvent secrets.
D’un mot, ce que le tourisme culturel
peut proposer de plus attractif, en un secteur que le visiteur
pressé pouvait croire sans intérêt ; près
de cent mille visiteurs sont entrés en 2003 dans les chapelles.
Mieux, la renaissance de ces lieux de culte - dont la plupart
ne seraient ouverts que pour la fête patronale - redonne
aux habitants des hameaux, des villages, une fierté oubliée,
rétablissant un lien avec les lointains ancêtres
qui, sur plusieurs siècles, en financèrent la construction
et la décoration.
Est-il meilleure approche de ce fameux mystère breton que
d’emprunter à son rythme ces circuits colorés,
d’avancer librement sur les placitres, d’entrer gratuitement
dans les modestes nefs, métamorphosés par l’art
d’aujourd’hui ? On oublie le solide travail de recherche,
de sélection mené en préalable par la petite
équipe locale, la tâche de tant de bénévoles
; on ne retient qu’une double réussite : la diffusion
de l’art contemporain breton ou international, dans son
expression la plus exigeante, la mise en valeur pour le plus grand
nombre les richesses de la vallée du Blavet.