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Peu ou prou, on repétrit de tout côté cette
profuse «matière de Bretagne» ; avec audace,
on réactualise ses fables les plus anciennes. Ici, Le Vaisseau
de pierre (1976), superbement traité par Enki Bilal et
Pierre Christin - leur réussite inspira les Tri Yann -
; là, L’Ankou (1977), le valet de la Mort rencontré
sur l’Arrée par Jean-Claude Fournier, déjà
créateur de Bizu et repreneur de Spirou et Fantasio (1969),
ce succès fut en 1978 traduit en breton. On s’attarde
sur l’histoire, qu’elle soit traitée en continu,
au fil d’une dizaine d’albums scénarisés
par Reynald Secher et dessinés par René Le Honzec,
ou concentrée en temps forts comme la vie des villes, mieux
le Moyen Age et le XVIIIe siècle.
Là se distinguent, par la rigueur de leur documentation, la précision de leur
dessin, d’un côté, François Bourgeon,
vivant en Cornouaille, qui explora le brutal XIVe siècle
en un cycle de trois albums depuis 1978, Les Compagnons du crépuscule,
puis les cruautés négrières à partir
de Nantes, au «Siècle des Lumières»,
dans les cinq tomes des Passagers du vent. De l’autre, Patrice
Pellerin, établi au cœur du Léon, qui traite
de Brest et de l’Iroise dans la série L’Épervier
et entraîne le lecteur vers la sauvage Guyane.
Le merveilleux, l’épopée, l’irrationnel,
le fantastique, voilà le terrain favori de la bande dessinée.
Pour preuves, la série Les aigles décapités
par un Malouin établi à Perros-Guirec, Jean-Charles
Kraehn ou Les aventures de Vick et Vicky que conte depuis 1995
le Rennais Bruno Bertin, ou bien encore le récent Mémoire
de fées d’Alain et Dominique Robet ; le drame de
la ville d’Ys réinterprété par Claude
Auclair et Alain Deschamps dans Bran Ruz (1981) et la geste arthurienne
revue par le Cancalais Jérôme Lereculey et David
Chauvel ; Brocéliande et la Table ronde qui attiraient
tant Hugo Pratt, pour un éventuel prolongement aux Celtiques.
Comment
passer sous silence les quatre tomes de la Balade au bout du
monde par Laurent Vicomte et l’atmosphère oppressante
de sa nouvelle série Sasmira ? Il serait injuste de ne
pas citer le collectif brestois, Violons dingues qui regroupe,
outre Gwen, Mike, Nicolas, Obion et Oxo, Julien Lamanda et le
scénariste Christophe Goret dit Kris ; tous les connaisseurs
attendent beaucoup de cette équipe nouvelle. .../...