>>>
Pour tous les
amateurs, la Bretagne paraît une terre privilégiée de
bande dessinée ; sa place est presque aussi ancienne que
le genre ! On ne dira rien de Bécassine (1905) mais mentionnera,
dans les années quarante, l’illustré Ololê
des frères Caouissin, où Étienne Le Rallic
faisait merveille ; plus encore, les albums de Pierre Péron,
Les aventures extraordinaires de Peskett (1937) et Sibirilis (1947)
dont la saveur demeure intacte.
Toutefois, le passé compte
peu auprès de la richesse actuelle des parutions, la centaine
ou plus d’auteurs, célèbres ou non. Il en
est ainsi, en raison des paysages variés, de mer ou de
bois, de l’histoire et des mythes, des légendes et
contes hyperabondants, des microsociétés. Où
ailleurs qu’en Armorique, trouver un Pierre Péron
pour célébrer en albums le folklore brestois, un
Charles Kerivel le quotidien douarneniste, un Pierre Stéphan
la rivalité séculaire entre Bigoudens et Glazigs
? S’étonnerait-on de reconnaître en Erquy,
l’irréductible village gaulois conçu, en 1959
par Albert Uderzo et René Goscinny, comme base du turbulent
Astérix ?
Si le genre fut décrié, longtemps considéré
comme «sous-culture», force est de le constater bien
plus inventif, plus populaire que le roman ; le récit rythmé,
le texte concis, le trait direct, la couleur immédiate
l’ont imposé à tous. Pour leur part, les quotidiens
régionaux, Ouest France et Le Télégramme,
l’ont soutenu, élargissant le lectorat. Salons, festivals,
boutiques spécialisées se multiplient : Quai
des bulles à Saint-Malo, Tonnerre de bulles à Brest,
Bulles an Oriant à Lorient et Perros-Guirec.
La Bretagne entière s’anime,
stimulant la concurrence ; des éditeurs
locaux, Édilarge à Rennes ou Jos à Chateaulin,
d’autres encore comme les prometteuses éditions
AK
à Brest et P'tit Louis à Rennes, s’aventurent
en ce domaine porteur, bien que Paris et la Belgique continuent à dominer
très
largement le marché. Si l’on publie par an environ
deux mille albums francophones, la place des auteurs bretons,
dessinateurs et scénaristes, reste faible quant au nombre
; il en va différemment quant à l’intérêt
du propos, à la qualité de la réalisation.
Qui sait que le scénario, le texte d’un grand
succès
de Régis Loisel et Dominique Lidwine, La quête de
l’oiseau du temps, sont du Rennais Serge Le Tendre ? que
Lidwine vit en Bretagne intérieure, lui dont Le dernier
loup d’Oz fut si admiré ? Enfin que, dans sa
solitude bigoudène, François Bourgeon s’oriente
vers la science-fiction? .../...